Leçon 6 — Événements indépendants

Quand la réalisation d'un événement n'influence pas un autre — définition formelle, propriétés et applications

I. Motivation — pourquoi parler d'indépendance ?

Dans la leçon précédente sur les probabilités conditionnelles, nous avons vu que connaître la réalisation d'un événement \(B\) peut changer la probabilité d'un événement \(A\) : on calcule alors \(P(A \mid B)\). Mais il arrive que cette information ne change rien du tout : savoir que \(B\) s'est produit ne modifie pas nos chances d'observer \(A\). Cette situation s'appelle l'indépendance.

L'indépendance n'est pas juste un confort de calcul — c'est un concept fondamental qui modélise des phénomènes où deux processus n'ont aucune influence l'un sur l'autre : le résultat d'un lancer de dé ne dépend pas du résultat du lancer précédent ; la récolte de mil dans un champ de Kaya ne dépend pas de ce qui se passe dans un champ à Banfora.

Rappel indispensable : La probabilité conditionnelle de \(A\) sachant \(B\) est \(P(A \mid B) = \dfrac{P(A \cap B)}{P(B)}\) pour \(P(B) > 0\). L'indépendance se comprend comme le cas particulier où \(P(A \mid B) = P(A)\).

II. Définition formelle de l'indépendance

On donne ici la définition officielle, puis on explique pourquoi elle est la bonne.

Définition — Événements indépendants

Deux événements \(A\) et \(B\) d'un espace probabilisé \((\Omega, P)\) sont dits indépendants si et seulement si :

\[P(A \cap B) = P(A) \times P(B)\]

📐 Pourquoi cette définition est-elle cohérente ?

Supposons \(P(B) > 0\). Si \(A\) et \(B\) sont indépendants au sens intuitif (« \(B\) n'apporte aucune information sur \(A\) »), alors \(P(A \mid B) = P(A)\). En utilisant la définition de la probabilité conditionnelle :

\(P(A \mid B) = \dfrac{P(A \cap B)}{P(B)} = P(A)\)

On obtient donc : \(P(A \cap B) = P(A) \times P(B)\) \(\quad \square\)

La définition formelle a l'avantage de ne pas requérir \(P(B) > 0\) : elle s'applique même quand \(P(B) = 0\) (auquel cas \(P(A \cap B) = 0 = P(A) \times 0\), et tout événement est indépendant d'un événement impossible).

🔍 Ce que l'indépendance dit vraiment

L'égalité \(P(A \cap B) = P(A) \cdot P(B)\) peut se lire ainsi : la probabilité que \(A\) et \(B\) se produisent simultanément est exactement le produit de leurs probabilités individuelles. Il n'y a ni « effet de synergie » qui augmenterait cette coïncidence, ni « effet d'exclusion » qui la diminuerait.

Attention : l'indépendance est une propriété quantitative, pas intuitive. Deux événements peuvent sembler « sans lien » et pourtant ne pas être indépendants au sens mathématique — et inversement.

mascotte Nerveux
Nerveux explique : Imagine que tu tires une bille dans un sac au marché de Rood Woko à Ouagadougou. Tu remets la bille dans le sac avant de tirer une deuxième fois. Est-ce que le résultat du premier tirage change tes chances au deuxième tirage ? Non — parce que tu as remis la bille ! C'est ça, l'indépendance : remettre dans le sac rend les tirages indépendants. Si tu ne remettais pas la bille, les tirages seraient dépendants car le premier tirage modifie ce qui reste dans le sac.

III. Propriétés fondamentales

L'indépendance possède plusieurs propriétés remarquables que l'on utilise constamment dans les calculs de probabilités.

📘 Théorème 1 — Symétrie de l'indépendance

Si \(A\) et \(B\) sont indépendants, alors \(B\) et \(A\) sont indépendants.

(Trivial : \(P(A \cap B) = P(B \cap A)\).)

📘 Théorème 2 — Indépendance et événements complémentaires

Si \(A\) et \(B\) sont indépendants, alors les paires suivantes sont aussi indépendantes :

  • \(\bar{A}\) et \(B\)
  • \(A\) et \(\bar{B}\)
  • \(\bar{A}\) et \(\bar{B}\)
📐 Preuve : \(\bar{A}\) et \(B\) sont indépendants

On doit montrer que \(P(\bar{A} \cap B) = P(\bar{A}) \cdot P(B)\).

On écrit \(B = (A \cap B) \cup (\bar{A} \cap B)\), avec ces deux événements disjoints :

\(P(B) = P(A \cap B) + P(\bar{A} \cap B)\)

\(P(\bar{A} \cap B) = P(B) - P(A \cap B)\)

Comme \(A\) et \(B\) sont indépendants, \(P(A \cap B) = P(A) \cdot P(B)\) :

\(P(\bar{A} \cap B) = P(B) - P(A) \cdot P(B) = P(B)\bigl(1 - P(A)\bigr) = P(\bar{A}) \cdot P(B) \quad \square\)

📘 Théorème 3 — Indépendance mutuelle de \(n\) événements

Des événements \(A_1, A_2, \ldots, A_n\) sont dits mutuellement indépendants si pour tout sous-ensemble \(\{i_1, \ldots, i_k\} \subseteq \{1, \ldots, n\}\) :

\[P(A_{i_1} \cap A_{i_2} \cap \cdots \cap A_{i_k}) = P(A_{i_1}) \cdot P(A_{i_2}) \cdots P(A_{i_k})\]

Attention : L'indépendance deux à deux n'implique pas l'indépendance mutuelle ! Trois événements peuvent être indépendants deux à deux sans que la formule triple \(P(A \cap B \cap C) = P(A) P(B) P(C)\) soit vérifiée. Il faut vérifier toutes les combinaisons.

IV. Indépendance vs incompatibilité — une confusion fréquente

Beaucoup d'élèves confondent les événements incompatibles (ou mutuellement exclusifs) et les événements indépendants. Ce sont deux notions très différentes, voire opposées.

Événements incompatibles

\(A \cap B = \emptyset\), donc \(P(A \cap B) = 0\).
Ils ne peuvent jamais se produire ensemble.
Exemple : obtenir « pile » et « face » sur le même lancer.

Événements indépendants

\(P(A \cap B) = P(A) \cdot P(B)\).
L'un n'influence pas l'autre — mais ils peuvent se produire ensemble.
Exemple : deux lancers de dés successifs.

Erreur fréquente : Dire « \(A\) et \(B\) sont incompatibles donc indépendants. » C'est faux ! Si \(A\) et \(B\) sont incompatibles et que \(P(A) > 0\) et \(P(B) > 0\), alors \(P(A \cap B) = 0 \neq P(A) \cdot P(B) > 0\). Ils sont donc dépendants — savoir que \(A\) s'est produit exclut totalement \(B\).

V. Représentation par tableau croisé

Lorsqu'on travaille avec deux événements sur une population finie, un tableau à double entrée (ou tableau de contingence) permet de lire les probabilités et de tester l'indépendance directement.

Critère d'indépendance sur un tableau : \(A\) et \(B\) sont indépendants si et seulement si chaque cellule du tableau vérifie :

\[\frac{\text{effectif}(A \cap B)}{N} = \frac{\text{effectif}(A)}{N} \times \frac{\text{effectif}(B)}{N}\] Autrement dit : l'effectif de chaque cellule doit être égal à (total ligne × total colonne) / N
Exemple 1 — Lecture d'un tableau et test d'indépendance

On interroge 200 lycéens de Ouagadougou sur leur pratique du sport et leur résultat au BAC blanc. On obtient le tableau suivant :

Admis (A) Non admis (\(\bar{A}\)) Total
Pratique sport (S) 72 48 120
Ne pratique pas (\(\bar{S}\)) 48 32 80
Total 120 80 200

Testons si \(S\) et \(A\) sont indépendants.

\(P(S) = \dfrac{120}{200} = 0{,}6 \qquad P(A) = \dfrac{120}{200} = 0{,}6\)

\(P(S) \times P(A) = 0{,}6 \times 0{,}6 = 0{,}36\)

\(P(S \cap A) = \dfrac{72}{200} = 0{,}36\)

Les deux valeurs sont égales : \(P(S \cap A) = P(S) \times P(A)\).

\(S\) et \(A\) sont indépendants — pratiquer un sport n'influence pas (dans ce tableau) le résultat au BAC blanc.

VI. Calculs avec des événements indépendants

L'indépendance simplifie considérablement les calculs : dès que les événements sont indépendants, on peut multiplier les probabilités sans avoir à calculer de probabilités conditionnelles.

\[P(A_1 \cap A_2 \cap \cdots \cap A_n) = P(A_1) \times P(A_2) \times \cdots \times P(A_n)\] Si \(A_1, A_2, \ldots, A_n\) sont mutuellement indépendants
Exemple 2 — Livraison de vaccins à trois centres de santé

La Direction Régionale de la Santé du Burkina Faso envoie des vaccins dans trois centres de santé indépendants les uns des autres. La probabilité que la livraison arrive à temps est :

\(P(\text{Centre 1}) = 0{,}9 \qquad P(\text{Centre 2}) = 0{,}85 \qquad P(\text{Centre 3}) = 0{,}95\)

Quelle est la probabilité que les trois livraisons arrivent à temps ?

Les livraisons étant indépendantes :

\(P(\text{tous à temps}) = 0{,}9 \times 0{,}85 \times 0{,}95\)

\(= 0{,}765 \times 0{,}95 = 0{,}72675\)

Probabilité qu'au moins une livraison soit en retard :

\(P(\text{au moins un retard}) = 1 - 0{,}72675 = 0{,}27325\)

\(P(\text{tous à temps}) \approx 72{,}7\%\) — \(P(\text{au moins un retard}) \approx 27{,}3\%\)

VII. Représentation par arbre de probabilités

L'arbre de probabilités est l'outil visuel de référence pour les expériences successives indépendantes. Chaque niveau correspond à une expérience ; les probabilités se multiplient le long des branches.

Ω p 1−p A Ā p 1−p p 1−p B B \(p \cdot p = p^2\) \(p(1-p)\) \((1-p)p\) \((1-p)^2\) Arbre : deux épreuves indépendantes de même probabilité p

Les probabilités se multiplient le long des branches — la somme de toutes les feuilles vaut 1

🔍 La règle du produit : intuition géométrique

Imaginez \(P(A) = 0{,}6\) : on prend 60 % des cas. Parmi eux, \(P(B) = 0{,}4\) : on prend à nouveau 40 %. On a sélectionné \(0{,}6 \times 0{,}4 = 0{,}24\), soit 24 % de l'ensemble de départ — exactement \(P(A \cap B)\) quand ils sont indépendants. L'indépendance, c'est l'idée que « prendre une fraction de ce qu'on a déjà pris » donne bien le produit des fractions.

VIII. Application concrète — Situations réelles ⭐

⭐ Situation concrète Cultures de mil et de sorgho à Kaya

Dans la province du Sanmatenga, un agriculteur cultive simultanément une parcelle de mil et une parcelle de sorgho. D'après les données météorologiques de la Direction Générale de la Météorologie du Burkina Faso, une bonne récolte de mil dépend des pluies en juillet, et une bonne récolte de sorgho dépend des pluies en août. Les deux périodes pluvieuses étant indépendantes d'une année à l'autre :

  • La probabilité d'une bonne récolte de mil est \(P(M) = 0{,}7\).
  • La probabilité d'une bonne récolte de sorgho est \(P(S) = 0{,}6\).

Calculer :

  • a) La probabilité d'avoir une bonne récolte des deux cultures.
  • b) La probabilité d'avoir au moins une bonne récolte.
  • c) La probabilité de n'avoir aucune bonne récolte.
  • d) Sachant qu'il y a eu une bonne récolte de mil, la probabilité d'avoir aussi une bonne récolte de sorgho.
Exemple 3 — Récoltes de mil et sorgho à Kaya

On pose \(P(M) = 0{,}7\) et \(P(S) = 0{,}6\), avec \(M\) et \(S\) indépendants.

a) Bonne récolte des deux :

\(P(M \cap S) = P(M) \times P(S) = 0{,}7 \times 0{,}6 = 0{,}42\)

b) Au moins une bonne récolte (formule de la réunion) :

\(P(M \cup S) = P(M) + P(S) - P(M \cap S)\)

\(= 0{,}7 + 0{,}6 - 0{,}42 = 0{,}88\)

c) Aucune bonne récolte :

\(P(\bar{M} \cap \bar{S}) = P(\bar{M}) \times P(\bar{S})\) (indépendance conservée par complémentaire)

\(= 0{,}3 \times 0{,}4 = 0{,}12\)

Vérification : \(1 - 0{,}88 = 0{,}12\) ✓

d) Probabilité conditionnelle :

\(P(S \mid M) = \dfrac{P(S \cap M)}{P(M)} = \dfrac{0{,}42}{0{,}7} = 0{,}6 = P(S)\)

On retrouve bien \(P(S \mid M) = P(S)\) — la définition même de l'indépendance.

\(P(M \cap S) = 0{,}42\) — \(P(M \cup S) = 0{,}88\) — \(P(\bar{M} \cap \bar{S}) = 0{,}12\)

IX. Comment vérifier l'indépendance en pratique

En dehors des situations où l'indépendance est posée par hypothèse (expériences successives, tirages avec remise), il faut la vérifier numériquement. Voici les trois méthodes selon le contexte.

Méthode 1 — Par définition

Calculer \(P(A \cap B)\), \(P(A)\) et \(P(B)\).
Vérifier : \(P(A \cap B) = P(A) \times P(B)\).

Méthode 2 — Par conditionnelle

Si \(P(B) > 0\), calculer \(P(A \mid B)\).
Vérifier : \(P(A \mid B) = P(A)\).

Méthode 3 — Sur un tableau croisé

Pour chaque cellule \((i, j)\), vérifier que : \(\text{effectif}_{ij} = \dfrac{\text{total ligne}_i \times \text{total colonne}_j}{N}\). Si cette égalité est vérifiée pour toutes les cellules, les deux critères sont indépendants.

Exemple 4 — Test d'indépendance sur un tableau (dépistage paludisme, Bobo-Dioulasso)

Un centre médical de Bobo-Dioulasso enregistre, pour 400 patients, leur zone d'habitation (urbain / rural) et leur résultat au test de paludisme (positif / négatif).

Test positif (P) Test négatif (\(\bar{P}\)) Total
Urbain (U) 60 140 200
Rural (R) 90 110 200
Total 150 250 400

Testons l'indépendance entre zone d'habitation et résultat du test.

\(P(U) = \dfrac{200}{400} = 0{,}5 \qquad P(P) = \dfrac{150}{400} = 0{,}375\)

\(P(U) \times P(P) = 0{,}5 \times 0{,}375 = 0{,}1875\)

\(P(U \cap P) = \dfrac{60}{400} = 0{,}15\)

Or \(0{,}15 \neq 0{,}1875\) — l'égalité n'est pas vérifiée.

On peut aussi comparer les probabilités conditionnelles :

\(P(P \mid U) = \dfrac{60}{200} = 0{,}30\)

\(P(P \mid R) = \dfrac{90}{200} = 0{,}45\)

Ces deux probabilités sont différentes : la zone d'habitation influence le résultat du test.

Zone d'habitation et résultat du test sont dépendants — les patients ruraux ont un taux de paludisme plus élevé.

✏️ Exercices d'application

Exercice 1 — Identification directe Facile

On dispose de deux événements \(A\) et \(B\) avec \(P(A) = 0{,}4\), \(P(B) = 0{,}5\) et \(P(A \cap B) = 0{,}2\).

  • a) \(A\) et \(B\) sont-ils indépendants ? Justifier.
  • b) Calculer \(P(A \cup B)\).
  • c) Calculer \(P(\bar{A} \cap B)\).
a) \(P(A) \times P(B) = 0{,}4 \times 0{,}5 = 0{,}2 = P(A \cap B)\). Oui, \(A\) et \(B\) sont indépendants.

b) \(P(A \cup B) = P(A) + P(B) - P(A \cap B) = 0{,}4 + 0{,}5 - 0{,}2 = 0{,}7\)

c) \(\bar{A}\) et \(B\) sont indépendants (théorème), donc :
\(P(\bar{A} \cap B) = P(\bar{A}) \times P(B) = 0{,}6 \times 0{,}5 = 0{,}3\)
Vérif. : \(P(\bar{A} \cap B) = P(B) - P(A \cap B) = 0{,}5 - 0{,}2 = 0{,}3\) ✓
Exercice 2 — Chaîne d'alimentation au barrage de Bagré Facile

Le système d'irrigation du barrage de Bagré comporte deux pompes indépendantes. La probabilité de panne de la pompe A dans la journée est \(0{,}05\), et celle de la pompe B est \(0{,}08\).

  • a) Quelle est la probabilité que les deux pompes tombent en panne le même jour ?
  • b) Quelle est la probabilité qu'aucune pompe ne tombe en panne ?
  • c) Quelle est la probabilité qu'exactement une pompe tombe en panne ?
Notons \(A\) = « panne pompe A » et \(B\) = « panne pompe B ». \(P(A) = 0{,}05\), \(P(B) = 0{,}08\).

a) \(P(A \cap B) = P(A) \times P(B) = 0{,}05 \times 0{,}08 = 0{,}004\) (indépendance)

b) \(P(\bar{A} \cap \bar{B}) = P(\bar{A}) \times P(\bar{B}) = 0{,}95 \times 0{,}92 = 0{,}874\)

c) « Exactement une panne » = « A en panne et B OK » ou « A OK et B en panne »
\(P = P(A) \times P(\bar{B}) + P(\bar{A}) \times P(B)\)
\(= 0{,}05 \times 0{,}92 + 0{,}95 \times 0{,}08 = 0{,}046 + 0{,}076 = 0{,}122\)
Vérif. : \(0{,}004 + 0{,}874 + 0{,}122 = 1\) ✓
Exercice 3 — Tableau de scolarisation à Koudougou Moyen

L'INSD recense dans une commune de Koudougou 500 jeunes selon leur genre et leur niveau d'études :

Lycée (L)Pas au lycée (\(\bar{L}\))Total
Filles (F)120130250
Garçons (G)150100250
Total270230500
  • a) Calculer \(P(F)\), \(P(L)\) et \(P(F \cap L)\).
  • b) Le genre et la scolarisation au lycée sont-ils indépendants dans cette commune ?
  • c) Calculer \(P(L \mid F)\) et \(P(L \mid G)\). Commenter.
a) \(P(F) = \dfrac{250}{500} = 0{,}5\) — \(P(L) = \dfrac{270}{500} = 0{,}54\) — \(P(F \cap L) = \dfrac{120}{500} = 0{,}24\)

b) \(P(F) \times P(L) = 0{,}5 \times 0{,}54 = 0{,}27 \neq 0{,}24 = P(F \cap L)\).
Genre et scolarisation sont dépendants dans cette commune.

c) \(P(L \mid F) = \dfrac{120}{250} = 0{,}48\) — \(P(L \mid G) = \dfrac{150}{250} = 0{,}60\)
Les garçons ont une probabilité de scolarisation au lycée plus élevée que les filles dans cet échantillon.
Exercice 4 — Récolte de coton dans les Hauts-Bassins Moyen

La SOFITEX suit trois producteurs de coton indépendants dans la région des Hauts-Bassins. Pour chaque producteur, la probabilité d'atteindre son quota de production est \(p = 0{,}8\).

  • a) Quelle est la probabilité que les trois producteurs atteignent leur quota ?
  • b) Quelle est la probabilité qu'exactement deux producteurs sur trois atteignent leur quota ?
  • c) Quelle est la probabilité qu'au moins un producteur n'atteigne pas son quota ?
Notons \(p = 0{,}8\) et \(q = 0{,}2\).

a) \(P(\text{les 3 atteignent}) = p^3 = 0{,}8^3 = 0{,}512\)

b) « Exactement 2 sur 3 » : il y a \(\binom{3}{2} = 3\) façons de choisir les 2 qui réussissent :
\(P = 3 \times p^2 \times q = 3 \times 0{,}64 \times 0{,}2 = 0{,}384\)

c) « Au moins un n'atteint pas » = complémentaire de « tous atteignent » :
\(P = 1 - 0{,}512 = 0{,}488\)
Exercice 5 — Trois indépendants : est-ce vraiment l'indépendance mutuelle ? ⭐ Difficile

On lance deux dés équilibrés. Considérons les événements :

  • \(A\) = « Le premier dé donne un nombre pair »
  • \(B\) = « Le second dé donne un nombre pair »
  • \(C\) = « La somme des deux dés est paire »

a) Calculer \(P(A)\), \(P(B)\) et \(P(C)\).

b) Vérifier que \(A\) et \(B\), \(A\) et \(C\), \(B\) et \(C\) sont indépendants deux à deux.

c) Calculer \(P(A \cap B \cap C)\). En déduire si \(A\), \(B\), \(C\) sont mutuellement indépendants.

a) \(P(A) = \frac{1}{2}\), \(P(B) = \frac{1}{2}\).
La somme est paire si les deux dés ont la même parité : (pair, pair) ou (impair, impair).
\(P(C) = \frac{1}{2} \cdot \frac{1}{2} + \frac{1}{2} \cdot \frac{1}{2} = \frac{1}{2}\)

b) \(P(A \cap B) = \frac{1}{4} = P(A) \times P(B)\) ✓ indépendants
\(A \cap C\) = « dé 1 pair ET somme paire » ⟹ dé 2 aussi pair : \(P(A \cap C) = \frac{1}{4} = P(A) \times P(C)\) ✓
De même \(P(B \cap C) = \frac{1}{4} = P(B) \times P(C)\) ✓

c) \(A \cap B \cap C\) = « dé 1 pair ET dé 2 pair ET somme paire ».
Mais si dé 1 et dé 2 sont pairs, la somme est automatiquement paire : \(A \cap B \subseteq C\).
Donc \(P(A \cap B \cap C) = P(A \cap B) = \frac{1}{4}\).
Or \(P(A) \times P(B) \times P(C) = \frac{1}{2} \times \frac{1}{2} \times \frac{1}{2} = \frac{1}{8} \neq \frac{1}{4}\).

Conclusion : \(A\), \(B\), \(C\) sont indépendants deux à deux mais pas mutuellement indépendants ! Cet exemple illustre que l'indépendance deux à deux n'implique pas l'indépendance mutuelle.
mascotte

À retenir

  • Définition : \(A\) et \(B\) indépendants \(\Leftrightarrow P(A \cap B) = P(A) \times P(B)\).
  • Équivalence : si \(P(B) > 0\), indépendance \(\Leftrightarrow P(A \mid B) = P(A)\).
  • Complémentaires : si \(A \perp B\), alors \(\bar{A} \perp B\), \(A \perp \bar{B}\) et \(\bar{A} \perp \bar{B}\).
  • Incompatibilité ≠ indépendance : des événements incompatibles (de probabilité non nulle) sont toujours dépendants.
  • Indépendance mutuelle : exige que toutes les combinaisons vérifient la formule produit — pas seulement les paires.
  • Arbre : on multiplie les probabilités le long des branches ; les feuilles se somment à 1.
  • Tableau : indépendance \(\Leftrightarrow\) effectif cellule \(= \dfrac{\text{total ligne} \times \text{total colonne}}{N}\).
  • Toujours justifier si l'indépendance est posée par hypothèse ou doit être vérifiée numériquement.

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